Contact/Bio

carlmarquis@free.fr

J’expérimente nos espaces habités à l’échelle de la ville par le prisme de l’enfance. Mes projets puisent dans l’observation du réel que je fais basculer dans des fictions par l’écriture, la lecture mise en espace, la construction de volumes ou l’intervention in situ.

Habiter poétiquement le monde

La pratique d’artiste de Carl Marquis a longtemps touché au design d’espace autant qu’à l’art, dans une sorte d’indétermination assumée. À présent, les enjeux artistiques ont pris le dessus, l’amenant à réaliser des projets situés dans des logiques davantage exploratoires.

Les moments essentiels qui nourrissent son travail sont tous liés à l’enfance, la sienne ou celle des enfants d’aujourd’hui. Élevé à la campagne, son aire de jeu n’avait rien à voir avec les espaces contraints des petits urbains. C’est en kilomètres que se mesurait son playground, tant l’étendue était large et ouverte au regard autant qu’à l’expérience. Son rapport au construit s’est noué également à une échelle plus restreinte : une construction réalisée en paille reste encore dans son souvenir comme une architecture immense et enveloppante, menaçante presque.  Autre instant, plus récent, la vision d’un gamin sortant du métro rennais et se faufilant au coin de la rue dans le trou d’un mur pour rentrer chez lui… dans un squat. Le contraste violent entre le naturel de l’enfant dans la ville et ses probables conditions d’existence continue de l’habiter. Cette cristallisation autour d’un rapport étonné à ce qui nous entoure nourrit ses projets et le conduit à « observer le monde par le prisme de l’enfance ». La place du jeu est donc essentielle dans sa pratique. Pour autant selon Jacques Henriot, philosophe et spécialiste de la science du jeu, s’il « n’y a pas de matériel qui soit en lui-même et par lui-même ludique […] la seule « chose » qui soit à définir quand on parle de jeu est la forme de pensée, l’attitude mentale, la conscience singulière de celui qui découvre dans ce matériel et dans cette structure des occasions et des moyens de jouer 1». La logique de ses travaux propose pour les spectateurs-usagers de tous âges un rapport actif avec ses œuvres.

Il ne produit pas d’images ; cela n’est pas si fréquent pour un artiste. Ses travaux, des volumes, constituent souvent plutôt des variantes de l’existant. Déplaçant les standards, jouant avec ou contre eux, ils possèdent une sorte d’évidence visuelle autant qu’une « inquiétante étrangeté 2». Car, opérant un léger déplacement de l’usage des espaces, ils visent à interroger ce qu’il nomme des « manières d’habiter » et produisent un léger tremblement dans les habitudes : possibilité de s’étendre en public avant ou après le spectacle sur Plate-forme, un agencement de coussins marqués de l’esprit minimaliste, galopades en lignes proposées par Piste noire sur la terrasse d’une crèche hybridant piste d’athlétisme en tartan et… marelle, parcours en relief suggéré par le Labyrintheou usages à inventer pour Ligne brisée, dispositif à la croisée du castelet, du paravent et de la bibliothèque pour enfants. Pour autant, l’artiste ne solutionne pas des problèmes d’aménagement ; ses œuvres proposent plutôt de titiller des certitudes. Il joue des relations complexes entre le corps et les espaces construits, des rapports d’échelle qu’il distend parfois dans des inversions façon Alice au pays des merveilles. Réalité et imaginaire s’y entrelacent, floutant les limites convenues. Dans les interstices avec le connu s’ouvre l’imagination, stimulée par ce qu’il nomme le « potentiel fictionnel » de ses propositions. Et logiquement, l’écriture apparait maintenant comme composante de ses projets. Elle prend même une part croissante, sous formes de lectures performées comme Promenade ou Emma claque la porte,propositions qui renvoient au souvenir d’une expérience imprévue de lecture avec un groupe d’enfants. Dans ses écrits, les personnages franchissent le miroir, tantôt protagonistes de contes entremêlés tantôt individus au parcours plus contemporain. Le projet Le dortoir est ainsi fortement marqué de ce rapport à la fiction. Articulant installation, textes et bande son, il traite de l’exil, de l’inhabitable donc. Une petite fille est plongée dans un univers fantasmagorique dans lequel les avions… s’écrasent et les voyages de nuit dans des bateaux résonnent avec les images de l’actualité la plus tragique. Des lits de camp sont utilisés comme supports à des volumes géométriques colorés qui suggèrent des personnages présents dans les contes. Ces « évocations abstraites», marquées du minimalisme, proposent une vision décalée. Les textes lus en public comportent des pauses, tout comme la bande son, manière d’étirer le temps vécu, à l’image du temps du périple. Comme une réponse aux situations massives d’exil que vivent des populations pour lesquelles le prix à payer est hélas souvent celui de la vie, l’artiste propose une œuvre – malgré tout – optimiste, au sens où son titre pointe une lueur d’espoir dans un réel insupportable. Pas de dénonciation des travers de la marche du monde ni de militantisme, mais un travail empreint des réalités contemporaines qui structurent nos sociétés. Sans tragique, ni pathos, son travail se caractérise plutôt par la retenue et la rigueur, peut-être sa manière d’« habiter poétiquement le monde3».

Philippe Dorval
Rennes, juin 2017

1 Jacques henriot. Ce que jouer veut dire. In Jeux et jouets dans les musées d’Ile de France. (catalogue) Paris : Paris musées, 2004 (p34)

2 Concept développé par Freud en 1919 dans Das Unheimliche, ouvrage traduit sous le titre L’inquiétante étrangeté,

Essais de psychanalyse appliquée, Paris : Gallimard, 1976.

3 « Poétiquement habite l’homme sur cette terre », ver du poète Hölderlin, cité par Augustin Berque in L’habiter dans sa poétique première. Actes du colloque de Cerisy-la-Salle. Berque, A de Biase, A, Bonnin, P. (dir.), Paris : éditions donner lieu, 2008 (p385)

Philippe Dorval est enseignant d’arts plastiques au Département Carrières sociales de l’Iut de Rennes, Université de Rennes1.

Ses publications portent sur l’art contemporain et sa réception.

http://blogperso.univ-rennes1.fr/philippe.dorval

Exposition « Là »

Galerie 5 et Maison de l’architecture, des territoires et du paysage Angers

19 décembre 2013 – 9 mars 2014

La Galerie 5 et la Maison de l’Architecture, des Territoires et du Paysage invitent Carl Marquis à investir leur espace d’exposition. Depuis le début des années 2000, son travail investit le champ de la sculpture et plus recemment ceux de l’écriture et de la performance. Ses projets questionnent la notion d’habiter, où la relation de l’enfant à l’espace tient une place essentielle. L’installation présentée à la galerie 5 est composée de trente trois mobiles à ressort en médium peint réalisés à partir d’une sélection de jouets. Les suspensions se déploient sans négocier avec l’espace, semblant ignorer le lieu et la présence du visiteur. Le travail de la lumière et les ombres traduisent le caractère scénique du dispositif. Une lecture performée, lors du vernissage, questionne les relations entre habiter et identité, à partir du texte “Promenade” qui emprunte sa forme au théâtre jeunesse. Dans une autre échelle à la Maison de l’architecture, à l’inverse d’Alice aux pays des merveilles, l’artiste invite à re-découvrir des objets symboliquement forts qui questionnent les périmètres dédiés aux enfants dans la ville. Quatre sculptures en médium (toboggan, maison, panneau de signalisation et trottinette) armées d’un slogan sont installées en ligne dans l’espace d’exposition. Chaque sculpture revendique une ville différente, idéalisée. Ici aussi le caractère scénique de l’installation est visible, la lumière joue un rôle important et crée un espace irréel. Les deux installations ont en commun un caractère fictionnel. A la galerie 5, le visiteur se trouve face à des chimères, à la MATP, il est confronté à une fiction sociale, une utopie.

Lucie Plessis/Galerie 5

Sandrine Prouteau/Maison de l’architecture, des territoires et du paysage

Décembre 2013


EXPOSITIONS PERSONNELLES

2023 La ville ressemblait/Hôtel Pasteur/Rennes

2020 Ici et là/PAD Angers/Invitation du Collectif Blast

2014 Là (1)/Maison de l’architecture, des territoires et du paysage AngersLà (2)/Galerie 5 Angers

2003 3b/Phakt Centre culturel Colombier Rennes

2000 Dispositif à emporter/DRAC Bretagne Rennes

EXPOSITIONS COLLECTIVES

2024 Épicycle Galerie Net Plus Cesson-Sévigné/Festival d’architecture Georges/Rennes

2023 Journées portes ouvertes des ateliers d’artistes de Rennes/Artiste invité : Jean-François Karst

2022 Journées portes ouvertes des ateliers d’artistes de Rennes/Artiste invité : Jean-François Karst

2021 En cours/Rentrée des arts visuels/Exposition des projets soutenus par les bourses d’aide à la création de la Ville de Rennes

2011 Breizh Design/EESAB site de Rennes

        Breizh Design/Galerie DMA Rennes

2009 Breizh Design/Galerie DMA Rennes

2005 Objet(s) design/Le village Site d’expérimentation artistique Bazouges La Pérouse

2002 Action Replay 2/Maison de la culture de Bobigny

2001 L’art court la rue/Nantes

2000 Si après/Atelier Alain Lebras Nantes

        Vitrines/Les urbanistes Fougères

1999 Au mur et à mesure/Galerie Le coin Rennes

LECTURES MISES EN ESPACE

2023 La ville ressemblait/Avec la danseuse Killiane Sanchez/Hôtel Pasteur Rennes

2019 Cité Papillon/Projet EAC/Ecole élémentaire Albert de Mun Rennes

2018 Emma claque la porte/EESAB site de Lorient

2013 Promenade/Galerie 5 Angers

EDITIONS

2024 La pelleteuse-Cadavre exquis/Poster/Distribué par Lendroit Edition

2023 La ville ressemblait/Livre/Distribué par la librairie Comment Dire Rennes et Lendroit Editions Rennes

2019 Cité Papillon/Livre/Distribué par la librairie La Courte Echelle Rennes et Lendroit Editions Rennes

2017 Emma claque la porte/livre/Distribué par la librairie La Courte Echelle Rennes et Lendroit Editions Rennes

2013 Promenade/Livre/Distribué par la librairie La Courte Echelle Rennes et Lendroit Editions Rennes

COMMANDES PUBLIQUES ET PRIVÉES

2019 A travers les murs/1% artistique Maison de l’enfance-Ecole-Foyer des jeunes/Ville de Milizac-Guipronvel/Phase projet

2017 On the rocks/1% artistique collège d’Elven/Présenté avec Jean-François Karst/Phase projet

2016 Traverses/1% artistique Maison de l’enfance Livarot/Phase projet

        Piste noire/Crèche ty Bugale Rennes/Projet réalisé

2013 Ligne brisée/Crèche Loris Malaguzzi Ville de Rennes/Projet réalisé

2012 Galerie 7m2/Théâtre Am Stram Gram Genève/Phase projet

2007 Plateforme/Théâtre La Paillette Rennes/Projet réalisé

2006 Labyrinthe/CCAS EDF/Projet réalisé

2004-2013 Jeu de construction 3b/Commandes pour structures petite enfance (Ecoles maternelles, crèches …)

BOURSES, RÉSIDENCES

2023 Résidence à l’hôtel Pasteur/Rennes

2020 Aide à la création de la Ville de Rennes

      Résidence/PAD/Invitation du Collectif Blast/Angers

2000 Aide à la création DRAC Bretagne

      Résidence Atelier Alain Lebras Nantes

CATALOGUES, TEXTES

2024 L’inventaire utopique/100 expositions Galerie 5-Galerie Dityvon/Angers

2017 Habiter poétiquement le monde Philippe Dorval

ATELIERS, ENSEIGNEMENT (Sélection)

2024 Qu’apportent les artistes à nos espaces (péri)urbains ? Table ronde dans le cadre du festival d’architecture Georges/Rennes

2019 Lorsque Zora se réveilla/Projet EAC/Ecole élémentaire Albert de Mun/Rennes/Agrément Education nationale

2018 L’art en tout-petit/FRAC Bretagne/Artiste intervenant

2017 La ville en perspective/Projet EAC/Lycée Jean Jaurès/Rennes

2015-2018 Artiste intervenant/Crèche Plein Sud/Vitré

2012 La ville habitée par les enfants/Projet EAC/Ecole maternelle d’Andouillé-Neuville/Agrément Education nationale

2011 Les espaces de l’enfant dans la ville/Workshop/IFAT Vannes

2010 L’art en tout-petit/FRAC Bretagne/Artiste intervenant

2009 Modeler la ville/Formation des éducateurs de jeunes enfants de la Confédération Syndicale des Familles (35)/Rennes

2001-2008 Artiste intervenant/Crèches parentales de Rennes

2015 Accueil de Zoé Courtès stagiaire en 1ère année DSAA

2013 Accueil d’Elise Jambou stagiaire en 1ère année BTS Design d’espace

Depuis 2021 Enseignant en arts appliqués et culture artistique/Cité scolaire Réaumur Buron/Laval

2008-2017 Enseignant en expression plastique et dessin IFFDEC Rennes/Membre des Jurys de diplôme BTS Design d’espace/Rectorat de Caen

FORMATION

2018 DNSEP art (mention) Dispositif VAE/EESAB site de Lorient

1996 Licence arts plastiques/Université Rennes 2

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